Dès 1961, Claude Lévi-Strauss dépeignait la « crise moderne de l’anthropologie » dans Le Courrier, revue de l’Unesco.
Les Assises de l’ethnologie qui se sont tenues en 2007 ont eu pour ambition de présenter un bilan et les perspectives de la discipline dans un moment que d’aucun analyse comme un moment de crise sérieuse.
Les question des anthropologues sur la crise de leur discipline
Ce « regard éloigné » sur le passé est alors évidemment intéressant : d’une crise à l’autre de l’anthropologie, le diagnostic est-il le même ?
Si l’anthropologie ou l’ethnologie sont toujours en crise, s’agit-il d’une crise permanente ? Celle d’aujourd’hui se lisait-elle dans celle d’hier ? Faudrait-il parler aujourd’hui d’une crise post-moderne ou l’était-elle avant l’heure ?
Il semble que, pour une part, le propos de l’analyse de Lévi-Strauss, début des années 60, soit complètement décalé par rapport aux analyses de la crise actuelle . L’auteur diagnostiquait un problème « de terrain » et « d’objet d’étude » (période de décolonisation et de modernisation) et finalement peut-être de légitimité. La question aujourd’hui se focalise sur le fonctionnement institutionnel de la recherche : ces deux questions sont-elles vraiment disjointes ?
La remise en cause de l’objet traditionnel de l’anthropologie
L’anthropologie, historiquement centrée sur l’étude des sociétés « exotiques » ou « traditionnelles » (exemple : La Mentalite Primitive de Lucien Lévy-Bruhl) a dû faire face à la mondialisation et à l’uniformisation culturelle. Les sociétés étudiées se westernisaient, et les anthropologues ont été confrontés à la nécessité d’inclure l’Occident dans leur champ d’étude, ce qui n’allait pas de soi. Cette évolution a soulevé des questions sur la pertinence de concepts comme celui de « culture » ou de « société », et sur la capacité de l’anthropologie à rendre compte de dynamiques globales plutôt que locales.
La crise épistémologique et méthodologique
Les années 2000 ont vu une remise en question des méthodes classiques de l’anthropologie, notamment l’observation participante, dans un contexte où les terrains deviennent de plus en plus complexes et interconnectés. Certains ont pointé du doigt le risque de l’ethnographie « en urgence », qui cherche à saisir des réalités en mutation rapide, parfois au détriment de la profondeur analytique. La discipline a aussi été interpellée sur sa capacité à étudier des crises (conflits, catastrophes, migrations) sans tomber dans le piège de l’exotisation ou de la victimisation des populations étudiées